Un des plus beaux villages de France

Lucien Dieuzaide

Lucien Dieuzaide, surnommé affectueusement Lulu depuis son enfance, a traversé joyeusement le vingtième siècle. Il était une des mémoires vivantes de Sarrant où il a vécu durant quatre-vingt-huit ans, au Barry, dans l’ancienne maison de forge qui l’avait vu naître.

Lucien Dieuzaide 26 novembre 1910 – 23 novembre 1998

Lulu, c’était un grand sourire, la générosité et la convivialité d’autrefois ornée de ce bel accent en voie de disparition qui nous touchait au cœur avec ses « tchò » sonores ponctuant ses phrases, sous son inusable béret gascon.

Toute sa vie, Lulu a été au contact et à l’écoute des autres à une époque où Sarrant était encore une grande famille. Il était un de ceux qui restaient présents sur la place du village, toujours ouvert à un moment de discussion, un mot en passant.

Né en 1910, denier enfant venu après six filles, descendant d’une lignée de forgeron et maréchal-ferrant, présente à Sarrant depuis le 17e siècle, il a pratiqué cet art séculaire jusqu’au milieu des années cinquante. Il se plaisait à aiguiser outils et socs de charrue, ferrant vaches et chevaux tout en tenant conversation avec ceux qui s’arrêtaient à la forge par nécessité ou par plaisir. À son temps perdu, il allait aussi prêter ses bras dans les bordes et animait de sa joyeuse humeur et de ses récits imagés les repas de dépiquage et de vendanges.

Le métier de forgeron s’étant perdu avec l’arrivée des tracteurs, notre Lulu est devenu facteur rural chevauchant son vélo et promenant sa joie de vivre de ferme en hameau. Les anciens se souviennent du jour, malheureux pour lui, où l’administration l’obligea à enfourcher un vélomoteur. Il fit plusieurs fois le tour du village sans pouvoir arrêter son moteur et en descendit en jurant qu’il ne remonterait jamais plus sur cet engin de malheur… et il démissionna !

Pendant quarante ans, Lulu fut aussi carillonneur puis sacristain. À ses débuts, il échappa de peu à la mort, une des cloches qu’il actionnait tomba à ses pieds et se brisa en mille morceaux. Il fut encore un rescapé miraculeux dans sa vieillesse. Une méningite foudroyante le laissa plusieurs semaines dans le coma sans grand espoir de revoir le jour, mais il en sortit joyeusement, l’esprit lucide et la mémoire intacte, plaisantant avec les infirmières comme s’il se réveillait d’une simple sieste.

Durant ses dernières années, Lulu se consacra à ses amis et à ses rêves. Il perdait peu à peu la vue et ce qu’il ne voyait plus lui permettait de laisser vagabonder son imagination. Il se mit à inventer des histoires, chaque année plus belles, pour les conter aux enfants de l’école dans ses habits rouges de Père Noël qu’il endossa avec bonheur durant plusieurs décennies, pour le plus grand plaisir des petits et des grands.

Lulu était resté un grand enfant, il en avait la naïveté, la jovialité, la générosité, l’intérêt pour les autres, la bienveillance naturelle. Son beau portrait, si vivant et généreusement offert, rend fidèlement cet esprit qui l’animait et son inaltérable bonne humeur. Grâce à ce tableau émouvant, dont il était si fier, notre Lulu pourra garder sa place au milieu du village, dernier représentant d’une époque passée, offrant aux Sarrantais cet enjouement chaleureux qui caractérise notre belle Gascogne.

Claudette Gilard, mai 2012

 

2 Responses »

  1. Chère Claudette,Je viens de découvrir ce fabuleux témoignage biographique de mon grand oncle Lulu,cela m’a très emu, et je tenais à te remercier.
    Merci Claude

Trackbacks

  1. Don du peintre Dany Bailly | Sarrant – Gers

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