Un des plus beaux villages de France

La prise de Sarrant à la fin du 16e siècle

Par Claudette Gilard ( Lui écrire )

Des violences quotidiennes ont lieu à Sarrant à la fin du 16e siècle, les guerres de religion ont glissé vers la guerre civile. Des soldats débandés, de tous bords, mêlés à des brigands pillent les campagnes, volent des bœufs de labour dans les champs, les réserves de blé des métairies. Ces méfaits sont mis sur le compte des protestants qui sont devenus la terreur des Sarrantais. Jean Ferradou, meunier au moulin d’En Porte aujourd’hui disparu, déclare que des sacs de farine lui ont été dérobés, « en force et violence par iceux de la religion prétendument réformée, qui pillèrent son moulin. » La population vit dans la terreur et se réfugie dans l’enceinte de la ville, mais celle-ci n’est pas assez sûre. En 1588, les consuls et le conseil, à l’unanimité des voix, décident d’édifier des fortifications supplémentaires et d’agrandir les fossés. Ils font construire par les habitants, une enceinte extérieure en bois et terre, car il leur est rapporté, chaque jour, de nouveaux massacres ou pillages dans les villages des environs. Ils se procurent vingt arquebuses et un baril de poudre, et font réparer les guérites des murs de ronde et de la tour pour y placer des sentinelles.

La porte de Sarrant

La porte de Sarrant

Quatre consuls, élus pour un an, administrent la ville qui dépend directement du Roi, en voici quelques-uns : Duran Bégué capitaine, Jean Cassaignolères capitaine, Jean Baubeste, Pierre Bacalerie marchand, Jean Guissot, Ysaac Capmartin bourgeois, Antoine Demoix, Jammet Saunyer, Arnaud Toyrac, Jean Alègre tisserand, Ramon Lafargue, Manaud Dubarry, Jean Motet, Antoine Debasque, Jean de Tiarn dit Moreau laboureur, Arnaud Tressens, Antoine Bobées, Antoine Dumas serrurier, Jean Bébin, Pierre Capéran chirurgien.

1589-92 : attaque et siège de Sarrant

La situation s’aggrave encore après l’assassinat d’Henri III, en août 1589, Henri de Navarre, chef du parti protestant, devient  Roi de France ; il laisse à Mauvezin des garnisons de soldats non payés qui pillent les villes voisines. Les consuls de Sarrant, constatant que le pont-levis fonctionne mal, font murer partiellement la porte de la ville pour ne laisser passage qu’aux piétons, pourtant au début de l’année 1590, Sarrant est attaqué à son tour. Les sentinelles, placées sur les guérites des remparts et de la tour, gênées par la hauteur des arbres, n’ont pas vu venir les assaillants. La ville assiégée est prise, la tour est occupée, ses planchers brûlés, les maisons et l’église sont épargnées contre une forte rançon. Près de 3000 livres, l’équivalent de 800 à 1000 sacs de blé, sont empruntées à des bourgeois protestants de Mauvezin, en donnant en gage le trésor de l’église : ornements, calices et objets de culte en argent. En 1592, Sarrant fait face à de nouveaux assauts ; durant l’été des troupes de Ligueurs, installées dans les faubourgs, taxent la ville et font des prisonniers. Sarrant est occupé durant presque une année par ces ultras catholiques qui n’acceptent pas un Roi protestant. Sous prétexte de pacification, ils prennent le gouvernement de la ville, augmentant ses impôts et sa misère.

1593-98 : temps de paix et dépopulation

La trêve de 1593, qui fait suite à l’abjuration obligée du Roi, permet les labours et les vendanges. L’argenterie de l’église est rendue contre un début de remboursement au prix d’un nouvel emprunt. Un grand nombre de sarrantais, vivant hors les murs, dans les hameaux, sont morts au cours de massacres ou d’épidémies, d’autres ont fui vers Toulouse, Montauban ou l’Espagne, pays riche où règne une paix relative. En 1598, la paix est rétablie dans le royaume grâce à l’édit de Nantes. Il ne reste dans la juridiction de Sarrant que 200 familles, elles étaient 390 quatre ans plus tôt. En août, les consuls décident de faire démurer la porte de la ville, fermée depuis neuf ans.

1603-1609 : la ville rénovée, le serment des nouveaux sarrantais

La fin du règne d’Henri IV, période de paix et de relative prospérité, donne un nouvel élan à Sarrant : la ville est rénovée, une halle est construite, les écoles rouvertes. En 1603, on remet en état le pont-levis, « qui est si vieux gasté et ruyné », que certaines charrettes ou chevaux trop chargés, ne peuvent entrer dans la ville sans danger. En 1606, l’église est agrandie. Pour près de 1000 livres, payées par l’évêque et par le recteur, sur l’argent versé par les paroissiens pour les dîmes, les murs sont rehaussés, une arcade ajoutée, le clocher-mur restauré. En 1609, la charpente et les murailles de la tour sont réparées, car elle a été « tellement ruynée des troubles des dernières années, qu’il estoit notoire à chacun que la couverture d’icelle s’en alloit en chute, » risquant d’endommager les maisons voisines.

Pour favoriser le repeuplement, beaucoup de terres étant en friche, tout nouveau sarrantais est dispensé d’impôt durant quatre ans. Un cérémonial est prévu, au cours duquel le nouvel arrivant, qui doit être honnête et bon catholique, prête serment à genoux devant les consuls, main posée sur les évangiles, de se conformer aux us et coutumes de la ville. En 1608, la population atteint 280 familles soit environ 1300 habitants, dont un tiers vivent intra-muros.

1609 : construction de la halle, quatre foires et un marché le mardi

En 1609, Sarrant va prendre une expansion nouvelle avec la construction de la halle (à l’emplacement de l’actuel monument aux morts), et le rétablissement des foires et marchés, droit octroyé au début du 14e siècle et qui s’était perdu. La charpente de la halle constituée de quarante-six poutres de chêne coûtera 300 livres, les tuiles canal seront payées, en mettant en vente les carpes des fossés. La première foire s’ouvre à Sarrant le 27 août 1609, jour de Saint Sulpice ; trois autres foires ont lieu chaque année, le 25 janvier, le mardi de Pâques et le 3 novembre. Le marché se tient tous les mardis, avec obligation pour les habitants de s’y trouver, comme vendeur ou acheteur, sous peine d’amende.

C’est le 23 mai 1610, neuf jours après son assassinat à Paris, que les sarrantais ont appris, avec tristesse, la mort de leur bon roi Henri. Sarrant, donné en dot en 1578, a continué d’appartenir à sa première épouse, Marguerite de Valois, jusqu’à sa mort en 1615. « Seigneuresse » de la ville, les consuls de Sarrant lui rendent régulièrement hommage, la nommant « nostre Royne Marguerite. »

Claudette Gilard, pour l’association Glanes d’Histoire
Illustration (la porte de Sarrant) de Michel Pène
(Sources : livres des délibérations consulaires 1588-1633, archives départementales du Gers. )

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