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Contes

Le curé et la sorcière

Un vieux conte des veillées sarrantaises

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Jou sabi un counté. Moi, je connais un conte.

Au temps des rois, le curé de Bouvées avait une servante qui était hatillièro, sorcière. Elle allait en cachette au sabbat chaque vendredi à minuit, en enfourchant son balai de bruyère. Les gens l’avaient vue, mais personne n’osait le dire au curé, qui était un brave homme, jusqu’au jour où les marguillières lui ont tout raconté. Le pauvre vieux curé était dans tous ses états car sa servante lui était bien dévouée. Il n’arrivait pas à le croire. Un soir au coin du feu, il lui dit :

Les gens m’ont appris que tu es sorcière. C’est vrai ?
Qué nani, moussu curè, aco és pas bèrtat ! Que non, monsieur le curé, ce n’est pas vrai !
Dis-moi la vérité !
Qué nani, moussu curè, aco és pas bèrtat !
Jure-le !
Qué nani, moussu curè, aco és pas bèrtat !
Je ne te crois pas et pour te sauver je t’accompagnerai vendredi au sabbat.
Puisqué sètz moun mèstré, poudètz bengué dam jou… mès à uno counditioun. Puisque vous êtes mon maître, vous pouvez venir avec moi… mais à une condition.
Laquelle ?
N’émpourtératz pass ni bostré brébaïre ni bostré goupilloun. Hatillèro qué soui, hatillèro qué damourérè ! Vous n’emporterez ni votre bréviaire ni votre goupillon. Sorcière je suis, sorcière je resterai.
C’est entendu !

Le vendredi à minuit, le curé et sa servante enfourchèrent le balai en répétant la formule magique: A huto baléjo dinco l’ouro é mièjo ! En vitesse, balai, jusqu’à l’heure et demie !

Ils partirent comme une flèche par-dessus les bois et les collines. Ils arrivèrent dans un château en ruine, tout illuminé, plein de sorcières et de sorciers faisant ripaille et dansant au son du violon.

Le pauvre curé était malade de peur. Heureusement, il avait glissé dans la poche de sa soutane un petit flacon d’eau bénite. Crac ! Il l’a jeté contre un mur. L’aygo ségnado (L’eau bénite) a éclaboussé tous les sorciers qui hurlaient de douleur. Aussitôt, le château a disparu comme une bulle de savon. Tout s’est envolé et la servante avec.

Le bon curé s’est retrouvé assis sur son clocher sans savoir comment il avait atterri là. Si le sacristain ne l’avait pas vu en allant sonner l’angélus, il y serait peut-être encore.

Et tric et trac moun counté és acabat,
Es passat pér un barat, s’és trabat én un broc
At sabératz pér un aouté cop !

Et tric et trac mon conte est fini.
Il est passé par un fossé, s’est accroché à une épine.
Vous le saurez pour la prochaine fois !

Collecté dans les veillées
auprès de Baptistine Dieuzaide et Victor Dalles
Variante de celui publié par J.F. Bladé, Le curé au sabbat
collecté à Sarrant à la fin du 19e siècle.

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