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Un petit air de Festival

Par Claudette Gilard

Cet hiver, au coin d’une rue, j’ai cru entendre un air de violon, porté par le vent d’autan qui soufflait fort ce jour-là à Toulouse. Ce n’était pas les notes bien droites et nettes d’un violon ordinaire, non, c’était beaucoup plus… C’était autre chose. La sonorité portait une onde de nostalgie et une vague de joie qui vous prenait au fond des tripes et mettait les larmes aux yeux. J’ai suivi le vent et les notes et j’ai rencontré Dimitri, un vieil homme humble et digne. Il porte dans son regard le bonheur de jouer, de donner ; un homme pudique qui par sa musique expose son âme à nu. Dimitri et sa vièle bulgare, sa « gadulka » venue du fond des âges, ne font qu’un. Il peut jouer des heures sans interruption, un morceau en chevauche un autre, enchaîne le suivant et vous transporte hors du temps. Musique gaie, musique triste, musique toujours envoûtante.
Dimitri-gadulkaDimitri est venu jouer dans l’église de Sarrant le dimanche du Festival et ce fût un pur moment de bonheur. On l’a applaudi debout lui, l’homme de la rue que les passants regardent à peine. Dimitri est un de ces authentiques musiciens itinérants, comme nous en avions à Sarrant au 16e siècle, ces « violons » autour desquels depuis quelques années s’articule le Festival.

Les lampions du Festival sont éteints. Les derniers accords des violons se sont envolés dans le rondeau de fin de bal. Les jambes sont douloureuses, mais la tête est légère, grisée de musique et de danse.
C’est toujours un peu triste une fête qui se termine. Heureusement en fermant les yeux, le Festival revient par séquences brèves qui empiètent les unes sur les autres : les rues décorées, les tentures, les oriflammes, les étendards multicolores, comme si on attendait le passage du Roi. Les vieilles pierres se teintent d’ocre au soleil couchant, quelques chandelles sur un rebord de fenêtre, un bal à la voix… magique.

C’est la fin de la messe en gascon, saveur de la langue, il y manquait juste le goût du pain à l’anis. Les violons d’Autan entrent allègrement dans l’église, tuniques blanches et archets vifs à l’unisson, un répertoire joyeux, allègre, Basile Brémaud à leur tête. Un à un ils se penchent pour inscrire leur nom sur le grand parchemin qui perpétue l’histoire de la confrérie, unis aux violons d’Antan qui dorment sous les dalles dans la chapelle de leur confrérie, musique intemporelle…
Après avoir dégusté d’alléchantes grillades, retour vers l’église. Vox Bigerri : d’envoûtantes voix d’hommes venues du sud s’entremêlent, emplissent le chœur de l’église, échos puissants, univers chaleureux, communion totale… superbe.

Les enfants rient, lancent dans le vent des cercles qui pirouettent. Des petites sorcières s’agitent avec leurs grands chapeaux noirs, d’autres étirent leurs ombres bizarres. Les masques de la commedia dell’ Arte s’invectivent. Un vieil homme coiffé d’un étrange chapeau d’osier, joue de toutes sortes d’instruments, des petits l’accompagnent en rythme. Le cardeur travaille au même tempo, la laine mousse autour de lui. Tranquille, le sculpteur sur bois continue à manier sa gouge. Un enfant murmure en l’observant : un jour il fera peut-être un pantin qui parle, comme Pinocchio… un rêve.

Dans un coin, des balais de bruyère me font signe, je ne savais pas qu’on en fabriquait encore. Ma Mamé « la Mélie  » en avait un. Elle l’avait usé jusqu’au manche à force de nettoyer devant la porte. Mélie c’était une des six filles du « Hauré », la grande sœur de Lulu qui faisait le Père Noël, vous vous souvenez ? Tiens justement voilà le forgeron, un virtuose comme autrefois et ici le vrai boulanger avec son pétrin … souvenirs.

Moment de calme, de blancheur, Dame Yoyo et ses amies couturières nous présentent leurs merveilles, douceur des étoffes, tissus chatoyants. Ces costumes médiévaux sont nés de leurs mains habiles après des heures de travail minutieux, ils ne demandent qu’à danser. Ils ont eu leur heure de gloire et sont un peu tristes :  des costumes sans personne dedans, ça s’ennuie… Et si un jour, ils revenaient ?… nostalgie.

Encore une fois le Festival a su, par la magie de quelques notes et de quelques images, nous transporter dans un autre univers. Ce voyage auquel participent chaque année les Sarrantais est un précieux cadeau fait au public mais aussi un des ciments de l’identité de la ville.

Merci à tous ces bénévoles qui hier et aujourd’hui ont inventé, animé et fait vivre ce Festival. Il a su donner à Sarrant un caractère original et un rayonnement culturel reconnu.

Que la musique et la danse, qui le temps d’une fête nous permettent d’oublier le quotidien, puissent nous tenir tous solidaires et debout… au moins jusqu’à l’année prochaine.

Catégorie : Actualités, Renaissance du donjon

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